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1. Quels nématodes peuvent causer des dégâts aux betteraves sucrières?

• Heterodera schachtii, le nématode à kystes de la betterave se trouve dans toutes les regions du monde.
• Heterodera betae (syn. H. trifolii), le nématode à kyste jaune est seulement connu dans certaines régions comme par exemple en Suisse et en Allemagne dans la vallée du Rhin).
• Différentes espèces de nématodes noueux de la racine, Meloidogyne spp. se retrouvent aussi à travers le monde.
• Des pathotypes distincts de Ditylenchus dipsaci, nématode de la tige et du collet peuvent aussi être à l’origine de dommages mais seulement dans des régions localisées.
• Sur des sols légers et sablonneux (par exemple en Angleterre, en Hollande et en Allemagne), les nématodes libres de la racine (Trichodorus sp. and Paratrichodorus sp.) et les nématodes épineux (Longidorus sp.) peuvent être importants et sont connus en Angleterre comme cause du  “Docking disorder”. Trichodorus sp. and Paratrichodorus sp. peuvent se transmettre via le virus du tabac, Longidorus sp. est le vecteur pour le virus annulaire noir de la tomate. Les deux virus n’affectent pas sérieusement le rendement en sucre mais les conséquences du “Docking disorder”. (arrêt de la croissance de la racine,…) sont elles très préjudiciables.

 

2. Comment Heterodera schachtii peut-il être contrôlé?

L’utilisation de produits chimiques par exemple des granules nématicides n’est actuellement plus permise dans la plupart des pays européens. La rotation de la culture devrait être allongée à 4 ou 5 ans entre les cultures de betteraves. Si les conditions le permettent, des plantes pièges à Heterodera schachtii devraient être introduites dans la rotation comme engrais vert après une céréale. Laisser certains champs de côté au profit d’une culture piège au nématode comme culture principale peut aussi être un moyen de lutte. Ces dernières années, les agriculteurs ont pu choisir des variétés de betteraves résistantes ou tolérantes à H. schachtii.

 

3. Comment les dégâts liés à Heterodera schachtii peuvent ils être identifiés en champs?

Les symptômes en champs, par exemple des zones avec des betteraves dormantes ou avec une forte prolifération de petites radicelles (betteraves barbues) sont les premières indications d’un problème avec des nématodes à kystes. Ces premiers symptômes sont confirmés par la présence de kystes blancs ou bruns sur les petites radicelles. Dans une parcelle sans betteraves, un échantillon de sol peut être analysé dans un laboratoire expérimenté afin de déterminer le nombre de kystes ainsi que le nombre d’œufs et larves par 100 ml de sol séché. Pour obtenir un bon résultat, il est important d’avoir un échantillon représentatif, pour ce faire il est nécessaire de prélever un grand nombre de petits échantillons dans le champs (normalement au moins 400 carotages par ha sont recommandés pour ensuite être mélangé pour former l’échantillon représentatif de la parcelle).

 

4. Quelles sont les pertes liées aux nématodes lors de l’utilisation de variétés sensibles aux nématodes.

Les dégâts liés à H. schachtii sont très dépendants du moment de la première infestation et de la température et de l’humidité du sol. En Allemagne, on estime qu’avec une population de 100 œufs et larves par 100 ml de sol, il y a une perte de 1 % du rendement racine.

 

5. Quelles sont les plantes hôtes pour Heterodera schachtii?

Outre la betterave sucrière, les plantes hôtes les plus importantes sont le colza, l’épinard, le chou, le céleri, le radis et la moutarde non résistante et enfin beaucoup de mauvaises herbes. Les oignons et les pommes de terre ne sont pas attaqués par H. schachtii (bien qu’il y est de nombreuses espèces de nématodes incluant : Paratrichodorus spp., Ditylenchus dipsaci, Pratylenchus penetrans, Meloidogyne spp.).

 

6. Résistance et tolérance – terminologie et importance dans la pratique?

La résistance est la capacité à éviter ou prévenir une attaque d’un pathogène potentiel d’une certaine importance. Dans le cas de H. schachtii, cela signifie qu’une variété résistante peut limiter le taux de multiplication par rapport à des conditions standard. Par exemple, le taux de multiplication (valeur du rapport : Pf/Pi) sera inférieur à 1.
La tolérance est la possibilité qu’à une plante de supporter où de tolérer une attaque de pathogène comme H. schachtii sans perte importante de rendement comparée à une plante sensible (dans ce cas le ratio Pf/Pi peut être supérieur à 1 mais les rendements n’en sont pas affectés).

 

7. Quels sont les mécanismes biologiques qui confèrent la résistance ou la tolérance des betteraves sucrières?

Résistance: Après l’éclosion à partir des kystes, la larve d’H. schachtii entre dans les tissus de la racine et induit la production d’un grand nombre de cellules « nourricières » (on parle de syncytium). Ceci se passe dans une plante sensible aux nématodes. Dans le cas de betteraves résistantes H. schachtii produit des cellules “nourricières” petites et incomplètes. La conséquence est la mort des femelles. La fécondation des femelles est donc limitée et donc la population de H. schachtii est réduite.
Tolérance: Les mécanismes de tolérances sont encore à l’étude pour comprendre leurs modes d’action

 

8.  Etat de l’art de la probabilité d’une rupture de la tolérance ou de la résistance?

Des expérimentations en microculture montrent que la résistance monogénique à partir de la betterave sauvage B. procumbens peut être contournée par des pathotypes virulents du nématode à kystes Heterodera schachtii. Ceci peut se passer lors de l’utilisation de betteraves résistantes dans une rotation triennale (betterave/céréales/céréales).

L’issue de l’utilisation de variétés de betteraves tolérantes n’est pas connue aujourd’hui. Néanmoins grâce au fait que la tolérance est conférée grâce à plusieurs gènes, nous pouvons nous attendre à avoir une probabilité très faible pour que des pathotypes virulents cassent la tolérance

 

9.  Est ce que les variétés résistantes ou tolérantes aux nématodes H. schachtii possèdent des modes de résistances à d’autres types de nématodes ?

Il n’existe qu’une résistance/tolérance avérée vis-à-vis du nématode à kystes Heterodera schachtii. Il n’existe pas de tolérance à Heterodera betae (syn. H. trifolii) ou au “root-knot nematodes” ( Meloidogyne sp.). Concernant le nématode du collet (Ditylenchus dipsaci), il existe une moindre sensibilité à ce pathogène pour les variétés résistantes/tolérantes  au nématode à kyste. En France, KWS possède un variété en cours d’inscription qui est triple tolérante rhizomanie/nématodes/ditylenchus.

 

10.  A quels seuils recommande t on l’utilisation de variétés résistantes ou tolérantes?

Les seuils économiques, signifiant la quantité d’œufs et de larves de nématodes de H. schachtii pouvant entraîner une baisse de rendement, sont extrêmement variables car dépendant de la région de culture de la betterave. Les seuils économiques varient de 100 à 1.000 œufs et larves / 100 ml de sol, dépendant de la température, de l’humidité et la texture du sol ainsi que de la durée de végétation.
Sur la base de l’expérience des essais de rendements dans différents pays et sur plusieurs années, les variétés tolérantes peuvent être recommandées en général à des seuils plus faibles  en comparaison aux variétés résistantes.

 

11.  Où positionner une variété résistante/tolérante aux nématodes dans une rotation ?

Les variétés résistantes/tolérantes aux nématodes peuvent être utilisées comme une variété normale dans une rotation de betteraves tous les 2 à 5 ans.

 

12.  Est qu’une base génétique avec un haut niveau d’Azote Alpha Aminé supporte l’idée d’une application spécifique d’azote pour les variétés résistantes/ tolérantes aux nématodes ?

Non ! L’azote doit être appliqué comme recommandé pour un type de région et de sol. Comme le niveau d’Azote Alpha Aminé est principalement basé sur l’aspect génétique, la seule solution est de sélectionner pour obtenir des taux plus faibles. Il existe de nouveaux hybrides dans les essais officiels qui montrent un niveau d’Azote Alpha Aminé du même niveau que les variétés standard.

 

13.  Quelles sont les raisons des rendements faibles malgré une faible population de nématodes?

Les hautes températures du sol ainsi que les longues durées de végétation peuvent causer un grand nombre de générations de nématodes par an et donc une augmentation du taux de multiplication. Exemples : en Allemagne 2-3 générations par an sont observées de manière courante, alors qu’en Suède 2, en Italie 3-4 et sur une partie des USA, comme la Californie, plus de quatre générations sont fréquentes. Une infestation précoce est importante. Plus de 50% de rendement perdu peut être du à la première génération de H. schachtii, encore plus si la température du sol est haute, cette dernière encourageant alors une multiplication rapide. Les générations suivantes peuvent causer des pertes de rendement si le potentiel infectieux est élevé.

 

14.  Quelles sont les raisons de bons rendements en dépit de fortes densités de populations de nématodes ?

Dans des types de sol particuliers avec une bonne capacité à délivrer l’eau et les nutriments (surtout l’azote), la betterave peut surmonter les dommages causés par les nématodes. Les sols avec une activité microbienne très importante peuvent avoir des effets sur le contrôle des populations de nématodes (ils sont appelés des sols « suppressifs »).
Une autre raison peut être le moment de l’infection. Les infections précoces causent beaucoup plus de dommages que les infections tardives. En dessous de 10°C, H. schachtii est moins actif, ainsi il n’y aura pas d’infestation. Cela permettra une croissance lente des betteraves.  

 

15.  Y a t il un intérêt de cultiver des variétés tolérantes/résistantes aux nématodes en plus de la mise en place d’engrais verts nématicides dans la rotation?

Les engrais verts nématicides peuvent réduire H. schachtii . La décision de cultiver des variétés tolérantes/résistantes dépend de la population initiale en nématodes (appelée couramment « Pi »). Si la culture intermédiaire est capable de réduire la population en dessous d’un certains seuil (voir question 10) il n’y a pas besoin d’implanter une variété tolérante/résistante. D’un autre côté, on peut choisir une variété tolérante/résistante si, malgré la culture nématicide, la population de nématodes demeure trop importante.

Concernant le management de la résistance, il est recommandé d’utiliser une culture intermédiaire nématicide quand cela est possible, particulièrement les variétés de moutardes ou de radis. Jusqu’à présent, il n’existe aucun cas de contournement de ce mode de résistance par H. schachtii

 

16.  Quelles sont les conséquences phytopathologiques possibles liées à la culture d’engrais verts nématicides?

Les œufs et larves du nématode du collet peuvent se multiplier dans une moutarde mais pas dans un radis. Les derniers résultats d’essais menés en Allemagne montrent une grande variabilité selon la variété de moutardes, c’est pourquoi le choix de l’espèce et de la variété est très important. Le Tobacco rattle virus (TRV) infecte les pommes de terre et d’autres plantes hôtes comme les moutardes et beaucoup de mauvaises herbes. Le TRV est transmis mécaniquement par les nématodes libres (Trichodorus sp. and Paratrichodorus sp.). Le radis oléifère n’est pas une plante hôte pour le TRV. Bien que la moutarde soit un hôte du virus lui-même, il est important de savoir que le vecteur du virus, les nématodes, peuvent être réduits par les moutardes et radis. Ainsi la moutarde doit être prise comme un engrais vert ayant un impact positif sur la réduction des vecteurs du TRV en dépit de son statut de plante hôte.

 

17.  Par la nouvelle réforme sucre européenne, nous pouvons nous attendre à un changement de la rotation de la betterave à sucre, Quelle peut être son influence dans la dynamique des populations d’ H. schachtii ?

A cause de la réforme sucrière, il est attendu une concentration de la culture betteravière dans les régions les plus productives et les plus proches des usines. Ces régions ont un long passé de production de betteraves à sucre. Il est donc fort probable d’assister à un développement de H. schachtii et d’autres pathogènes comme la rhizomanie ou le rhizoctone brun.    

 

18.  Qu’en est t-il de la culture de colza dans la rotation betteravière?

Si la betterave à sucre est combinée, dans la rotation, au colza, l’agriculteur doit absolument assurer un bon contrôle des repousses de colza après récolte. En effet, on assiste à une très forte multiplication de H. schachtii précisément sur les jeunes pousses de colza.

Le colza est aussi un très bon hôte pour le nématode du collet. Si ce nématode est présent ou même suspecté, il est très important que l’agriculteur diminue la culture du colza dans la rotation betteravière !

 

 
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